À 95 ans cet été, le doyen de la chanson populaire française a été reçu jeudi par le pape François au Vatican. Sans oublier sa guitare et les paroles complétées d’une de ses plus fameuses chansons.
Une visite au Vatican après 65 ans de carrière. Ici au Zénith de Lille pour la tournée Age tendre. - PHOTO MAX ROSEREAU
Par Yannick Boucher
Il nous l’avait confié au terme du grand entretien qu’il nous avait accordé avant ses deux concerts à Aire-sur-la-Lys et à Aulnoye-Aymeries, les 10 et 11 février. « Vous vous rendez compte ? Je suis invité à voir le pape, c’est assez fou… » s’était enthousiasmé l’un des plus fidèles compagnons de route des carnets de chants du scoutisme français. La rencontre eut lieu jeudi 15 février à Rome, elle fut brève mais visiblement impressionnante.
– Comment s’est passée votre entrevue avec le pape ?
« J’avais une certaine appréhension, il voit beaucoup de monde, il était très fatigué et je devais être bref, juste le saluer. J’étais invité par une association qui promeut la beauté dans l’art, par les artistes. On a attendu une heure et demie, le temps de visiter les salles extraordinaires du Vatican. Et la rencontre eut lieu, la première pour moi et sans doute la dernière (rires). Je lui ai parlé en italien, par réflexe alors qu’il est argentin et que je parle couramment l’espagnol, ayant rejoint mon père à Madrid après la guerre. Mais j’ai aussi vécu un an à Rome dans les années 50, à l’époque de la Dolce Vita. Je montais sur la scène d’un des plus célèbres cabarets, qui accueillait les plus grandes vedettes au monde. Moi j’avais un petit bar à ma disposition, je faisais du “guitare bar” en chantant… en espagnol. »
– Que lui avez-vous dit ?
« J’avais ma guitare, je lui ai chanté deux trois couplets du Petit âne gris. Il était tout sourire. C’est une chanson chrétienne que j’avais voulue très modeste. Le père Joseph, un curé alsacien, m’avait demandé pourquoi je faisais pleurer les enfants avec cette chanson triste où le petit âne meurt, abandonné des hommes. J’ai donc ajouté un couplet pour ressusciter l’âne ! »
– Le pape est-il la personnalité la plus importante que vous ayez rencontrée dans votre longue vie ?
« On peut l’estimer. Mais j’ai chanté pour Martin Luther King et en sa présence, grâce à une invitation d’Harry Belafonte. C’était pour lutter contre le racisme, il voulait un jeune chanteur engagé et j’ai joué Les crayons de couleur. La relation est immense avec le pape, soixante ans plus tard, la lutte contre le racisme doit continuer. »
– Vos amis scouts seront ravis que vous soyez allé à Rome…
« Mais je n’ai jamais été scout, je partage en revanche leurs valeurs de partage et d’amitié. Je suis chrétien, pas pratiquant. J’ai boudé les églises quand mon père me dit un jour, j’étais jeune, que les catholiques interdisaient le divorce, il n’avait plus le droit d’aller communier. Et sur les scouts, je pense que ce mouvement ne devrait pas être basé sur la religion. C’est d’abord une façon d’éduquer les enfants à vivre avec d’autres enfants, pour qu’ils deviennent des hommes capables de vivre avec d’autres hommes. Et à l’écoute de la nature, des forêts, des animaux. Il y a 50 ans, des parents protestants ne pouvaient pas mettre leurs enfants chez les scouts. Le scoutisme doit être imprégné de liberté de conscience, pour accueillir toutes les croyances, dans une laïcité qui rassemble. »
Hissez haut la bio !
- Naissance à Neuilly-sur-Seine, le 18 août 1929. Frère de l’actrice Pascale Audret.
- Remarqué par Eddie Barclay, premier disque en 1959.
- Sortie de Santiano en 1961, adaptation d’un air marin anglais. La même année, Maurice Chevalier l’invite à New York, rencontre avec Bob Dylan.
- Représente le Luxembourg à l’Eurovision de la chanson en 1964.
- Chante pour Martin Luther King en 1966 au Palais des Sports de Paris. Il figure sur la photo du siècle prise par Jean-Marie Périer en avril 1966, qui réunit 46 vedettes françaises du yéyé.